Photo en très gros plan d’une feuille de capucine vert clair. Son centre blanc se déploie en fines nervures comme les rayons d’un long soleil-araignée. Entre chaque rayon on distingue d’autres fines nervure qui donnent à la feuille une texture marbrée

  • Oct 14, 2025

Le 10 septembre en nous

  • Cecile Tresfels
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Introduction à la politique culturelle des émotions
Photo en très gros plan d’une feuille de capucine vert clair. Son centre blanc se déploie en fines nervures comme les rayons d’un long soleil-araignée. Entre chaque rayon on distingue d’autres fines nervure qui donnent à la feuille une texture marbrée.

Hello!

Dans cette newsletter d’octobre, après un mois de rentrée rempli d’indignation révolutionnaire et d’émotions collectives intenses:

1-je vous partage quelques réflexions sur ce que Sara Ahmed a nommé “la politique culturelle des émotions” et quelques questions pour explorer vos émotions à travers ce prisme

2-je vous raconte pourquoi ce sujet me tient particulièrement à cœur et je vous invite à organiser “le 10 septembre en nous:” c’est-à-dire démanteler ensemble, lentement mais sûrement, les paradigmes émotionnels oppressifs et normés que ces systèmes nous imposent

3-je vous partage une nouvelle édition de “la newsletter dans la newsletter: cultiver la solidarité pandémique” avec, à votre demande, un focus sur les enjeux politiques du déni pandémique

Bonne lecture!

La description de chaque image est disponible en alt-text.

Cette newsletter est aussi disponible en version audio lue par moi sur substack.

Bonne écoute!

1-La politique culturelle des émotions

Dans The Cultural Politics of Emotion (2004) la philosophe-activiste Sara Ahmed fait ce constat: “les émotions sont relationnelles.” Elle développe en disant qu’elle ne considère pas que les émotions existent “en nous,” mais qu’elles émergent constamment de nos relations avec les objets, les personnes, les êtres, qu’on rencontre, et qu’elles donnent elles-mêmes forme à ces relations.

Couverture du livre The Cultural Politics of Emotions, une peinture avec des formes abstraites qui s'entremêlent sur un fond dégradé mauve

Sara Ahmed est une philosophe anglo-australienne dont les champs d’études comprennent la théorie féministe, le féminisme lesbien, les études queers, la théorie critique de la race et les études post-coloniales. Elle est considérée comme une figure fondatrice de la phénoménologie queer.

Au fil des différents chapitres du livre, elle analyse le lien entre nos émotions intimes, quotidiennes, individuelles et interpersonnelles et les systèmes collectifs dans lesquels on vit. Elle étudie par exemple la politique spatiale de la peur, qui peut avoir pour conséquence la restriction de la mobilité de certains groupes d’individus définis comme “à craindre.” Elle explore aussi comment la honte, mobilisée au niveau national dans les discours d’excuse officiels envers les crimes coloniaux, est ambivalente: elle peut servir à continuer leur effacement ou à les rendre visibles. Dans les chapitres consacrés aux milieux queer et féministes, elle explore la dimension politique du deuil, de la colère, de l’émerveillement et de l’espoir.

Dans la postface de l’ouvrage, elle explique qu’elle a voulu explorer “comment les normes sociales deviennent affectives au fil du temps.

En s’inspirant de Marx, elle propose en effet que les valeurs et les significations associées à certaines émotions par rapport à certains objets, certaines personnes ou certains groupes, sont le résultat d’un long processus de production dont l’histoire est invisibilisée. Cette invisibilisation de l’histoire de la production des émotions fait qu’on en vient alors à penser que tel objet ou contexte suscite “naturellement” tel type d’émotion.

” Les émotions sont ce qui nous met en mouvement, et la manière dont nous sommes mis en mouvement dépend des interprétations de ces sensations, et par là je ne veux pas dire seulement que nous interprétons ce que nous ressentons, mais que ce que nous ressentons peut être dépendant d’interprétations passées qui n’ont pas été faites par nous, qui nous précèdent.­

-Sara Ahmed, The Cultural Politics of Emotions, 2004 (ma traduction)

Photo en noir et blanc de Sara Ahmed

Cette invisibilisation a des conséquences politiques: les émotions qui sont ainsi “naturalisées” par les systèmes en place peuvent ainsi nous encourager à relationner avec le monde d’une certaine manière, à s’autoriser à ressentir certaines choses et pas d’autres, à suivre des directions de vie particulières, qui vont dans le sens de la norme, ou à suivre des hiérarchies implicites qui nous font considérer certaines personnes ou situations comme dignes de nos émotions et d’autres non.

Sara Ahmed appelle cela nos “investissements” émotionnels (qu’on peut aussi traduire par engagement, implication, etc...) dans les normes sociales: “ce livre propose une explication de la manière dont nous devenons investi’es dans certaines normes sociales [...] S’intéresser aux émotions nous permet d’étudier la manière dont les individus s’investissent dans certaines structures, à tel point que l’idée de leur disparition peut être aussi terrifiante que la mort.

Mais, la bonne nouvelle (yeah!), c’est que prendre conscience de ces scripts émotionnels et de leur impact politique peut aussi nous permettre de les changer, et de changer les dynamiques relationnelles qui leur sont associées:Les émotions peuvent être cruciales pour nous montrer en quoi les transformations sont si difficiles (on reste investi’es dans ce qu’on critique), mais aussi en quoi elles sont possibles (nos investissements sont mis en mouvements par nos propres mouvements).

Photo en gros plan d'un soleil d'automne recouvert d'un tourbillon de nuages blancs sur un ciel bleu, le soleil ressemble à une boule de feu diffuse entouré d'un halo arc-en-ciel

L’appel du 10 septembre à s’indigner et à tout bloquer est un appel au changement de paradigme et à la transformation. Un appel au démantèlement de systèmes oppressifs qui se présentent comme “naturellement” légitimes, et qui dissimulent la violence des histoires qui ont contribué à leur mise en place.

Affiche Indignons-nous, Bloquons tout, Grand Libournais, à partir du 10 septembre: La maltraitance ne doit plus être la norme

Alors pour continuer à organiser cette transformation en tenant compte de la politique culturelle des émotions, j’ai préparé quelques questions pour vous:

1-quelles sont les émotions qui vous ont le plus traversé en septembre? quels sont les contextes, les relations, les situations qui les ont fait exister?

2-comment est-ce que vous avez vécu ces émotions?

3-quelles émotions on vous a appris, implicitement ou explicitement, à considérer comme acceptables ou inacceptables? “positives” ou “négatives”? ou acceptables mais seulement à un certain niveau d’intensité ou si on les exprime d’une certaine manière?

4-est-ce qu’il y a des lieux ou des contextes dans votre vie où certaines émotions sont encouragées et d’autres censurées?

5-selon vous, quelles sont les émotions qui sont valorisées dans notre société?

6-est-ce que certains aspects de votre identité impactent la manière dont vous ressentez certaines émotions ou la manière dont est perçue l’expression de vos émotions?

7-comment est-ce que les émotions sont envisagées dans la culture dans laquelle vous avez grandi?

8-quelles émotions collectives est-ce que vous avez l’impression de beaucoup voir circuler en ce moment? comment est-ce qu’elles sont décrites dans les médias? est-ce que ces descriptions varient en fonction des émotions exprimées ou de qui les exprime?

Si ça peut aider, vous trouverez ci-dessous une traduction française de l’outil “la roue des émotions.” Il y a plein d’autres émotions que celles listées ici (par exemple l’émerveillement n’y est pas et vous savez à quel point il est important dans mes accompagnements!) et plein d’autres manières de les concevoir, les envisager, les catégoriser, alors prenez ce qui vous aide et laissez le reste!

Roue colorée avec 6 émotions au centre: peur, surprise, joie, tristesse, dégoût, colère, de 6 couleurs différentes, et deux autres cercles concentriques avec ds déclinaisons de chacune des ces émotions.

2-Révolutionner les paradigmes émotionnels imposés par les systèmes qu’on veut démanteler

Là c’est la partie où je vous parle un peu de moi pour vous dire pourquoi tout ça me tient énormément à cœur et constitue le cœur des accompagnements que je vous propose!

Avant d’être accompagnante-chercheuse, j’étais prof-chercheuse à l’université aux États-Unis (après avoir quitté le système des “études supérieures” à la française qui m’avait bien traumatisée, et commencé une thérapie, mais ça c’est une histoire pour une autre newsletter!). Pendant 8 ans j’ai étudié les dynamiques de genre, les guerres de religion entre protestants et catholiques, et les voyages coloniaux dans les textes littéraires français du 16e siècle, aka la “Renaissance.”

Un des angles que j’avais choisi pour faire sens de tout ça était l’histoire des émotions. J’ai écrit une thèse sur l’appréhension pour essayer de comprendre mes propres appréhensions comment un mot en lien avec la cognition et les sens, qui voulait dire “percevoir le monde à travers les sens,” en est venu à faire référence, à la fin du 16 siècle, à une émotion d’inquiétude et d’incertitude envers le futur (c’est comme si aujourd’hui le mot “perception” évoluait progressivement pour signifier une émotion). J’en ai conclu (à ma petite échelle lol) que l’inquiétude était une émotion centrale dans la construction de la modernité eurocentrique.

Illustration médiévale de la tête d'un homme blanc sur un fond rouge à motifs. Au sommet de sa tête, à l'intérieur, sont dessinées cinq ronds annotés et reliés entre eux.

J’ai aussi publié un article sur les émotions dans les Mémoires de Marguerite de Valois où j’ai montré comment la pathologisation misogyne de ces émotions par la réception critique a fait que son oeuvre, qui constitue une archive essentielle de la nuit de la Saint Barthélémy, a été jugée comme “trop subjective” pour être considérée sérieusement au fil des siècles (ce qui fait qu’au lycée vous avez sûrement dû vous farcir des extraits des Essais de Montaigne mais zéro Marguerite de Valois, ou alors vous avez entendu parler de la Reine Margot de manière sulfureuse, mais pas de ses Mémoires). Quant à son look, je vous laisse en juger, avec le portrait ci-dessous réalisé par François Clouet.

Portrait de Marguerite de Valois vêtue d'une robe et d'un chapeau rouges finement brodés, le cou entouré d'une grande collerette blanche.

J’ai aussi travaillé sur “l’empathie coloniale” dans le récit de voyage du protestant Jean de Léry au “Brésil,” c’est-à-dire sur les terres du peuple autochtone Tupimambá, auprès desquels il a vécu, qu’il admire et qu’il plaint à la fois, essayant désespérément de quand même les convertir pour les sauver, et dont il étudie avec attention les émotions (en gros Léry c’est un peu l’archétype du sauveur blanc qui voyage dans un pays “exotique,” est fasciné par la culture locale, voudrait en faire partie et être accepté par les locaux mais en voulant quand même changer des éléments centraux de cette culture).

Planisphère Cantino, carte qui représente les “découvertes” castillanes et portugaises des années 1492-1500.

Et sans surprise, vous l’aurez compris, je n’avais pas choisi ce champ d’études par hasard! Les émotions je connaissais bien, sauf que pour la plus grande partie de ma vie leur intensité était plus un souci qu’une source de fun, sans outils pour les appréhender (pun intended). Pendant ces 8 ans j’ai donc aussi essayé de comprendre, avec l’aide de thérapeutes et de collectifs soutenants, mais aussi de chercheur’euses, d’artistes et d’activistes, le fonctionnement de “mes” propres émotions, pour mieux comprendre ce qu’elles signifiaient de mon rapport à moi, aux autres et au monde.

Dans les deux cas, dans mes recherches “professionnelles” et “personnelles” qui étaient intimement liées, l’étude des émotions étaient un moyen pour moi de mieux comprendre les relations qui constituent notre rapport au monde.

Mais aussi de rendre visible les mécanismes culturels émotionnels qui sont présentés comme “normaux” et invisibilisés à dessein pour nous maintenir dans des structures oppressives.

Illustration d'une créature à forme en partie humaine, remplie de fines nervures. Son corps s'étend dans le sol et se divise en plusieurs bulles et ramifications souterraines. Ses bras sont tendus vers le haut et de fines racines nervurées s'échappent dans ses mains pour se mailler au filet du ciel. Les tons de l'illustration sont roses et rouges, avec des parties bleues foncés et gris-mauves en fond.

Illustration réalisée par l’artiste Ashley Blanton @faint.as.fog, partagée le 10 février 2024 sur instagram avec la légende suivante: “on the edge of despair, a flickering hope of restoration and repair. (repeat, repeat, repeat.) it is falling and floating, upside down and inside out, embryonic and oceanic, everything and nothing. (again and again and again.)”

En 2021, au début de la 2e année de la pandémie, j’ai pris la décision difficile, en plein burn-out, de démissionner de mon poste et de quitter les États-Unis (il se trouve que le système universitaire nord-américain était tout aussi traumatisant pour moi que le système français, mais ça c’est aussi une histoire pour une autre newsletter!).

En 2023 j’ai lancé “Cultiver des connexions réparatrices,” pour continuer à explorer les émotions relationnelles, cette fois-ci en tant qu’accompagnante indépendante, avec un rêve bien précis: aider les personnes “trop sensibles” et “trop radicales” à prendre soin de leurs émotions et de leurs relations, pour mieux incarner leurs révolutions.

Image d'une petite grenouille sur un nénuphar, un trait bleu la relie au texte suivant disposé en colonne à droite: Cultiver des connexions réparatrices, avec nous-mêmes, avec nos proches, avec notre passé, avec nos environnements

Et pour réaliser ce rêve avec vous, j’ai créé un florilège d’espaces d’apprentissage et de soin où on apprend ensemble à démanteler les paradigmes émotionnels oppressifs et normés qui entravent nos vies individuelles et la libération collective!

Honorer collectivement les émotions que les systèmes jugent comme “trop”:

“La Rivière,” cercles de soin créatif engagé pour accueillir nos peines collectives, tous les derniers mardi et jeudi du mois

Texte en marron sur fond bleu ciel qui encadre la photo d'une eau de rivière en mouvement: La Rivière, accueillir nos peines collectives, Ressourcer nos luttes et nos rêves

”Les discours dominants sur le deuil nous ont manipulé·es avec brio, en nous convainquant qu’il était plus sûr de nier notre deuil plutôt que de le ressentir. Nous sommes en permanence persuadé·es que le deuil est une émotion inacceptable qui doit être réglée discrètement et dissimulée.”

­-Malkia Devich Cyril, “To Give your Hands to Freedom, First Give Them to Grief”

Découvrir La Rivière

Transformer les sentiments d’urgence, d’isolement, et de fatalisme générés à dessein par les systèmes contre lesquels on lutte:

“S’enraciner, résister, rêver,” un accompagnement d’un mois, racinaire et radical, pour explorer à votre rythme la dimension émotionnelle et relationnelle du changement social, novembre 2025

Titre en rose fluo: s'enraciner, résister, rêver, entouré de deux étoiles mauves avec en fond le feuillage et les branches d'un grand chêne automnal derrière lequel on aperçoit un ciel nocturne étoilé

” Il y a urgence; ralentissons.

-Báyò Akómoláfé, “A Slower Urgency”

Découvrir "S'enraciner, résister, rêver"

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Accueillir nos transitions de vie dans toute leur complexité hors des scripts émotionnels imposés:

“Honorer nos cœurs à vif,” un accompagnement sur-mesure pour créer les rituels dont vous avez besoin

Texte en vert fluo sur un fond bleu ciel: Honorer nos coeurs à vif, accompagnement à la création de rituels soutenants et alignés pour honorer les changements dans vos vies, en-dessous du texte: un gros coeur en cristal orangé entouré de flammes bleutées

”Dans une société qui exige en permanence que nos esprits et nos corps agissent pour le capital, le rituel apparaît comme un moyen de libérer notre attention, de manière intentionnelle et répétée, de ce qui distrait et de ce qui épuise, vers ce qui honore la vie.

­-Victoria Adukwei Bulley, “How rituals create meaning”

­Et si le mot rituel vous intrigue, je vous invite à parcourir la newsletter de janvier que j’ai consacrée à ce mot et à la manière dont je l’envisage dans “Honorer nos cœurs à vif.”

Nos outils de communication quotidiens et leurs normes implicites :

“Vocaux-Textos,” un atelier ludique pour découvrir une facette inexplorée de vos émotions relationnelles et du consentement

Texte en noir sur fond bleu ciel: "Je déteste les vocaux mais j'adore les textos," un atelier ludique et introspectif pour découvrir ce qui se cache derrière tes préférences et tes frustrations communicationnlles. En-dessous le dessin de deux grenouilles vertes. Celle de droite a l'air renfrogné, avec un smartphone rouge en train de sonner à son oreille. Celle de droite a un grand sourire, avec un flip hone rose à son oreille.

”Avant de pouvoir demander ce dont on a besoin, il faut déjà savoir ce dont on a besoin. Et c’est là que ça se complique. Pourquoi? Parce qu’on ne nous enseigne pas à nous connecter à nos désirs. Voire l’inverse: plus on grandit, plus on nous encourage activement à nier nos désirs [...] c’est pourquoi il est tellement important d’apprendre à se connaître au sein de, mais aussi au-delà des systèmes d’oppression qui nous disent comment agir et quoi désirer [...].

-Mia Schachter, Consent Wizardry

Découvrir "Vocaux Textos"

À partir d’octobre 2025, atelier en ligne de 2h30, en mini-groupe de 2 à 4 personnes, date et heure planifiées avec les personnes inscrites

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J’ai hâte de vous retrouver au sein de ces différents espaces en octobre et en novembre pour continuer à organiser ensemble, lentement mais sûrement, la révolution par nos émotions et nos relations!

Et si tu fais partie des Grenouilles VIP (c’est-à-dire que tu as participé à deux ou plus de mes de mes ateliers ou cercles), checke ta boîte mail où plusieurs surprises de rentrée t’attendent!

À bientôt!

Photo de petites enveloppes blanches posées sur une table en bois. Sur chacune d’elles on peut lire, écrit au feutre de couleurs différentes: Graines de révolution (pour cultiver nos luttes et nos rêves), mâche, radis, ciboule.

La newsletter dans la newsletter: cultiver la solidarité pandémique

Covid is a labor issue, wear a mask at work and on the picket line (texte en noir sur fond blanc, le mot covid est inséré dans le dessin d'un mégaphone noir)

Couverture d’un zine réalisé par Rimona Eskayo et Sheyam Ghieth

Comme vous le savez si vous lisez cette newsletter depuis un moment déjà: il y a une mini-newsletter dans la newsletter! (comme si mes newsletters n’étaient pas déjà assez longues comme ça lol).

Je consacre en effet cette rubrique bonus à parler d’un sujet dont on ne parle plus depuis bien longtemps, ou en tout cas au passé: la pandémie de covid, malheureusement toujours en cours aujourd’hui, qui continue à handicaper massivement nos proches et camarades via ses effets à long terme sur l’organisme aka le covid long.

Une de mes spécialisations, en tant qu’accompagnante-chercheuse engagée, c’est la solidarité pandémique (l’expression vient à ma connaissance du collectif Pandemic Solidarity for the Long Future), appelée plutôt en France auto-défense sanitaire. Objectif: s’entraider à changer la manière dont on envisage collectivement le covid et les futures pandémies. Parce qu’une gestion néo-libérale et policière c’est non, mais faire comme si de rien n’était c’est non aussi! :)

En story cette semaine je vous ai demandé quel sujet vous intéressait le plus parmi une liste que je vous ai proposée et vous avez voté pour: les enjeux politiques du déni pandémique. Alors je vous ai concocté une liste de ressources variées (articles, podcast, vidéos, post insta, etc) pour explorer ce sujet! Je vous laisse y piocher au gré de vos envies et de vos capacités!

-En décembre 2020, la disability justice activist Noire-américaine Imani Barbarin (@crutches_and_spice) déclarait dans une vidéo tiktok devenue une référence aujourd’hui: “Le covid est un évènement handicapant de masse (a mass disabling event). Cette société n’est pas du tout préparée pour ça.” Depuis elle ne cesse d’éduquer sur le sujet, notamment en faisant le lien avec, l’eugénisme, le fascisme, et les processus handicapants de masse que sont le racisme, le colonialisme et le capitalisme.

Photo de Imani Barbarin lors d'une conférence assise sur un fauteuil gris face à un micro, avc un masque ffp2 noir, un blouson en cuir noir et une robe à motifs noirs et blancs

-Fin janvier 2022 le collectif Cabrioles écrivait pour la revue Jef Klak un des textes fondateurs de l’autodéfense sanitaire en France, toujours d’actualité aujourd’hui: “Face à la pandémie, le camp des luttes doit sortir du déni.”

Face à la pandémie, le camp des luttes doit sortir du déni, par le collectif Cabrioles

Leur substack, Cabrioles: Carnet de recherche pour l’autodéfense sanitaire, contient une collection passionnante d’essais, notamment de traductions de l’anglais vers le français, rassemblés en dossiers thématiques, pour explorer les enjeux politiques et les causes capitalistes, racistes, validistes, eugénistes, et fascistes du déni pandémique.

Fin 2022 iels publient une traduction de l’article de l’écrivaine-militante Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha, “Les valides de gauche ne peuvent pas abandonner la solidarité avec les personnes handicapées pour “tourner la page” du Covid,” qui accompagne la sortie de son livre The Future Is Disabled : Prophecies, Love Notes and Mourning Songs. Iel y écrit: “J’ai commencé à appeler l’époque dans laquelle nous vivons “Le Grand Oubli”. Certains l’appellent “le grand Gaslighting”. Les deux sont vrais.”

En novembre 2023 le magazine en ligne Lisbeth publie un dossier intitulé: “Démasquer l’extrême droite dans la santé et construire une autodéfense sanitaire:” “Pour ce septième et dernier article de notre dossier sur les extrêmes droites et les luttes antifascistes en France, on s’est intéressé à l’eugénisme, ses conséquences sur les politiques publiques depuis le siècle dernier, la vision réactionnaire de la santé et les liens entre le climato-négationnisme et les discours complotistes liés au COVID-19. Pour cet article, nous avons interviewé le collectif Cabrioles, engagé dans l’autodéfense sanitaire et populaire, notamment dans les milieux de gauche.”

Le covido-négationnisme, ce n'est pas just la négation pure et simple de l'existence du covid, c'est aussi tous les phénomènes de minimisation qui assimile le virus à un simple rhume ou à une grippe par exemple.

-En octobre 2024, l’émission radio Minuit décousu, qui fait le récit d’actions militantes inspirantes, consacre son 194e épisode intitulé “Ton masque, camarade!” à l’autodéfense sanitaire.

Badge en tissu rose sur un blouson de cuir noir. Y sont brodés, en cercle, les mots suivants en noir: what dos'nt kill you mutates and tries again. Au-milieu sont brodés des petits virus. À droite en haut un petit badge: sortez couverts, entrez masqués, avec le dessin d'un préservatif et d'un masque. En bas un badge avec le triangle rose d'act-up et le motto silence=death.

-Gaëtan Gracia, militant chez Révolution Permanente, a obtenu un diagnostic de covid long en avril 2023 et a très bien résumé la gravité de ces conséquences post-virales du covid en une phrase: “le covid long c’est pas des lol.” Il s’exprime régulièrement sur les enjeux politiques, notamment en termes de droits du travail, du déni pandémique, de l’absence de prévention et de l’invisibilisation des effets post-viraux du covid.

Tweet de Gaëtan Gracia: les amis donnez de la force, je serai hospitalisé pendant 5 semaines à partir de mardi. Après avoir été malade plus de 3 mois, avec des symptômes qui empirent et qu'on a mis du temps à comprendre, j'ai enfin un diagnostic: le covid long c'est pas des lol...

-En juin 2025, Madeleine Pontaville écrit l’article “Nouveau variant covid: le jour sans fin du laisser-faire pandémique” pour Révolution Permanente: “À chaque reprise épidémique, la presse s’étonne, les autorités rassurent, et la santé des travailleurs et de leurs enfants trinque. Un scénario qui se répétera à l’infini tant que la classe ouvrière ne prendra pas la question en main, en imposant un air intérieur sain sur les lieux de travail et d’étude, et en expropriant la grande industrie pharmaceutique pour la mettre sous contrôle des travailleurs.” Elle a aussi écrit en novembre 2024 sur le déremboursement des tests PCR.

-Le collectif Winslow Santé Publique a produit ces dernières années un nombre considérable de ressources pour visibiliser les enjeux politiques du covid long et de la disparition totale des pratiques de prévention et de réductions des risques, y compris dans les lieux de soin.

En juillet 2024 iels co-écrivent avec Act Up Paris le texte “65 millions de covid long et ça continue: un aperçu de la recherche COVID après 4 ans et demi de pandémie” : “À moins d’avoir passé les dernières années à éplucher la littérature scientifique sur le sujet, il est difficile de saisir à quel point notre perception et notre évaluation des risques face au COVID est en décalage total avec l’état des connaissances scientifiques à date. Des modes de transmission du virus aux moyens de prévention disponibles, en passant par le fonctionnement du virus et ses effets à long terme sur notre organisme ou son niveau de circulation au sein de la population générale, tout est tragiquement mal compris. Il y a comme une sensation désagréable de déjà vu et il est plus que temps d’éclaircir tout cela.”

Version adaptée du meme "this is fine" où le chien est entouré non pas de flammes mais de nombreux virus oranges et rouges

Fin septembre 2024 iels organisaient la première conférence dédiée au covidactivisme. Les présentations de Elisa Rojas sur les enjeux politiques de l’utilisation du terme “personnes vulnérables,” et de Gwen Fauchois, ex-vice présidente d’Act Up Paris, sont disponibles en replay.

Elisa Rojas, avocate au barreau de Paris, militant: "A la recherche des "invulnérables" face au covid. Quels pièges sont associés à la catégorisation de "personnes vulnérables / fragiles" à laquelle est cantonnée la crise sanitaire?

En 2025 le collectif Winslow organise la première table ronde sur le covid-long à l’assemblée avec le soutien de la députée LFI Nadège Abomangoli, vice-présidente de l’assemblée, disponible en replay.

Photo à l'assemblée où on voit la députée Nadège Abomangoli assise et entourée de deux personnes, les trois personnes portent des masques FFP2, noir ou blanc

-Les Canards Masquées, qui se définissent comme “un groupe d’autodéfense sanitaire composé de palmipèdes handi-es et valides qui luttent pour des futurs antivalidistes,” publie une chronique mensuelle intitulée “à ta santé camarade.” Les dernières chroniques sont intitulées: “5 ans de covid: un autre récit et possible,” et “covid: où sont passées les féministes?”

Illustration en noir et blanc de deux personnes masquées avec des coeurs entre elles, devant un paysage avec un fleuve et des arbres

-The Sick Times est un site en anglais fondé par une équipe de journalistes basé’es aux États-Unis, pour mettre en lumière la crise sociale et politique que constitue le covid long. On peut y trouver cet interview de la réalisatrice Noire-américaine Chimére Sweeney sur la racisme médical face au covid long, cet article sur la dimension raciste des interdictions de port du masque, ou cet interview vidéo de l’artiste drag Taipei sur l’accessibilité dans les milieux queers pour les artistes qui ont un covid long.

Portrait reproduit en triptyque avec un filtre technicolor sur ceux de droit et de gauche, de l'artist drag Taipei qui porte un masque FFP2 mauve.

Bonne lecture, écoute ou visionnage!

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